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  • LE BURN-OUT MATERNEL : quand la fonction parentale vire au cauchemar …

    Nait-on mère ? Le devient-on même ? M. Vaillant postulait déjà, dans un ouvrage évocateur « Etre mère : mission impossible » alors même que la structure familiale est un système privilégié dans l’organisation psychique.

    Le Larousse définit le burn-out comme « syndrome d’épuisement caractérisé par une fatigue physique et psychique intense, générée par des sentiments d’impuissance et de désespoir » Dans le domaine aérospatial il désigne « la chute d’un projectile en plein vol par défaut de carburant ».

    Insidieux et progressif, syndrome aux conséquences destructrices, le burn-out est d’abord précédé par la phase haute « burn-in » cf. C. Cooper caractérisée par une symptologie d’hyper présence, de sur-investissement, d’ambitions et exigences élevées sans « recharge des batteries » qui va se muer en frustration et perte d’énergie. Le processus a en effet commencé depuis des mois, voire des années, quand le parent s’effondre, s’étant efforcé de vivre au rythme du cerveau, très rapide et flexible, non suivi par le corps.

    S’il est impossible de définir une unicité causale au phénomène, différents facteurs de risques récurrents sont observables (Mikolajczak& Roskam) :

    - Risques sociodémographiques (âge, genre, nombre d’enfants, monoparentalité, recomposition familiale, niveau de scolarité, situation professionnelle)

    - Circonstances particulières (maladies exceptionnelles, décès d’un proche, perte d’un travail, expatriation)

    - Facteurs personnels (compétences émotionnelles, inégalité à la résistance au stress, réponse divergente dans sa gestion, rapport à ses propres parents)

    - Facteurs conjugaux (distanciation, désaccord éducationnel, priorisations divergentes)

    - Facteurs éducatifs

    - Risques liés à l’enfant (tempérament, maladies chroniques, handicap, précocité…)

    Comme l’écrit D. Winnicott, « un enfant qui se développe d’une manière convenable apporte un certain équilibre à la vie familiale et garantit également une forme d’assurance au couple parental »

    D’un point de vue sociologique, pression sociale, culturelle, familiale, relayées par médias et réseaux sociaux interposés viennent comme un terreau ultra-fertilisé solidement enraciner un sacro-saint idéal de parentalité positive faisant germer culpabilité et perfectionnisme. La Convention Internationale des Droits de l’Enfant (1989) stipule d’ailleurs que les parents sont responsables du développement, de la santé et du bonheur de leur enfant.

    Articles de journaux et travaux de recherche sur l’éducation entrepris dans les années 90 ont favorisé l’élaboration de représentations très idéalisées : mythe de la bonne mère, « être maman : le plus beau métier du monde » …

    En 1762, J.J. Rousseau faisait figure de novateur avec son « Emile ou Traité de l’Education », préconisant la prise en charge de l’enfant ; aujourd’hui, la polyvalence semble devenue l’apanage de la femme. La mère du 21ème siècle, est éducatrice, infirmière, cuisinière, chauffeur, lingère, psychologue, accompagnatrice, professeur, animatrice et se doit d’arborer sourire et bonne humeur, si possible en conservant une activité professionnelle.

    En ce sens, comment contexte culturel et valeurs occidentales ne génèreraient-ils pas potentiellement le burn-out ? Notions de liberté individuelle et d’autonomisation de l’enfant sont-elles compatibles sans heurts ? Etre un bon parent oeuvrant au bénéfice de ses enfants tout en s’accomplissant individuellement … en somme, une espèce de pyramide de Maslow pour 2 au sommet inatteignable.

    Pour en sortir : admettre, revenir en conscience et se faire accompagner.

    - Admettre de pouvoir craquer, abandonner croyance et représentation comme la Mère Idéale née d’une confusion entre exigence positionnée comme impératif absolu et préférence (Pichat) dans une recherche d’approbation et d’estime.

    - Revenir en conscience, à une « présence d’esprit » : Apprendre également à ressentir ses sensations, à décrypter ses émotions et celles de son entourage, « s’alphabétiser émotionnellement » (Steiner), la douleur se réduisant à la libération de l’émotion, élément de survie. En bref : « Se foutre la paix » pour reprendre F. Midal, philosophe, fondateur de l’E.O.M., de façon à appréhender le quotidien plus facilement sans culpabilisation et se réinscrire dans une dynamique active.

    - Se faire aider par un travail d’accompagnement pour remonter la pente et rétablir son image de parent.

    Le burn-out vient questionner nos certitudes comme expression d’une exigence trop forte et trouve donc son utilité.

    Une mère « suffisamment bonne » (Winnicott) garantit la solidité du moi de l’enfant, non un fantasme collectif de Mère Parfaite intégré individuellement. A force de vouloir trop parfaitement traiter, nous étions en train de générer ce que nous voulions éviter : devenir un parent maltraitant en nous maltraitant nous-même.

    Sophie Dupaix / Sandrine Pham

    Sur la Route du Soi

    Coachs Associés

     

    Pour consultation :

    www.burnoutparental.com

    www.burnoutmaternel.fr

    Bibliographie :

    M. Mikolajczak et I. Roskam, « Le burn-out parental, l’éviter et s’en sortir » Odile Jacob, 2017

    J.J. Rousseau « Emile, ou De l’éducation» 1762

    D. Winnicott « The family and individual development” Tavistock, 1965

    A. Maslow « Vers une psychologie de l’être » Fayard, 1972

    M. Pichat « Manuel de Coaching Cognitivo-comportemental » InterEdition, 2014

    F. Midal « Foutez-vous la paix et commencez à vivre » Flammarion, 2017

    M. Vaillant « Etre mère : mission impossible » Albin Michel, 2011

    C. Steiner « L’ABC des émotions » InterEdition, 1998